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Éveil & apprentissage

Comment encourager la coopération et l’altruisme des enfants ?

L’humanité fait face à de grands questionnements. Le contexte actuel nous incite à repenser le monde qui nous entoure et à nous adapter. Boris Cyrulnik, dans une interview donnée sur France Inter, attire notre attention sur un changement de paradigme exceptionnel : pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la santé et la sécurité des hommes ont été placées avant les intérêts économiques de notre activité.

Jacque Attali, économiste, renchérit en déclarant lors d’un entretien donné sur France Culture

La société de demain doit changer la légitimité de son autorité, qui ne devra plus être le religieux, la force, la seule raison ou l’argent, mais l’empathie, l’altruisme, qui sont de vrais critères d’autorité.

Prenons le parti de coopérer, d’être à l’écoute des autres, de nos pairs et de notre environnement afin de co-construire le monde de demain.

Dans de prochains articles, nous vous partagerons des clés pour agir concrètement avec votre bébé et votre enfant.

D’où nous vient cette capacité à coopérer ?

D’un comportement prosocial dès la naissance

Selon l’Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants, « les comportements prosociaux réfèrent à des actes volontaires dirigés vers autrui dans le but de lui apporter un bénéfice ou d’améliorer son bien-être. Aider, partager, consoler, réconforter, coopérer et protéger d’un préjudice potentiel sont des exemples de tels comportements. »

Ce comportement prend racine dans le tout début de vie du petit d’homme et loin de n’être qu’un régulateur des émotions, il est également associé à la réussite scolaire et au développement des capacités cognitives plus généralement.

Des compétences émotionnelles des enfants

Le fonctionnement affectif est un savant mélange entre aptitudes régulatrices, comportementales et cognitives. Chaque enfant a un fonctionnement cognitif, un tempérament, un système de croyance et de valeurs qui lui sont propres. Les cultures et expériences sociales sont les éléments sociétaux qui vont alimenter son intelligence émotionnelle. Les compétences émotionnelles sont ainsi des apprentissages qui nous permettent de distinguer les émotions, les réflexions et donnent des clés pour apprendre à repositionner les émotions dans leur fonction initiale : nous aider à prendre les bonnes décisions au bon moment.

Par conséquent, l’alliance de l’intelligence émotionnelle et de la capacité à interagir sereinement avec les autres aide le petit d’homme à entrer en résonance avec le monde.

Sommes-nous naturellement altruistes ?

Nous entrons en résonance avec autrui

Agir dans l’intérêt des autres est un état qui a longtemps été considéré comme impossible sans motivations autres que le seul altruisme. Daniel Batson, psychologue américain, met en lumière la notion de souci empathique. Tania Singer, Responsable scientifique du laboratoire de neurosciences sociales de la société Max Planck à Leipzig, va produire des images cérébrales montrant que la douleur physique et l’empathie pour une douleur ressentie par un tiers activent les mêmes zones du cerveau.

Nous entrons donc en résonance avec les autres grâce aux émotions identifiées et ressenties, c’est la synchronisation des corps.

Les bébés sont naturellement équipés

Michael Tomasello de l’Institut Max Planck et Felix Warneken vont prouver grâce à des centaines d’expérimentations avec de jeunes enfants (15 mois environ) que les enfants ont naturellement tendance à aider, sans se soucier du regard d’autrui. Cela, ils le font alors même qu’ils sont occupés dans une activité plaisante de leur côté.

Dans le Babylab de l’Université de Yale, Karen Wynn et Paul Bloom démontrent que les bébés, dès la naissance, possèdent une forme rudimentaire de distinction entre le bien et le mal. Les bébés assistent à un spectacle de marionnettes. Les bébés se voient ensuite proposer de choisir entre la gentille marionnette et la vilaine. La grande majorité des bébés, dès 3 mois, choisit la gentille. L’empathie est cependant nettement altérée par l’altérité. Les différences visuelles, ressenties ou exprimées bloquent la résonance empathique.

Pourquoi la coopération est-elle l’alliée de nos enfants ?

Car l’union fait la force

Visualisez les abeilles. L’essaim est bien supérieur à la somme des abeilles. Leur capacité à coopérer leur permet de survivre et de se défendre. De ce constat, nous pouvons affirmer que l’entraide est une stratégie d’association qui permet de résoudre les problèmes que seuls, nous ne pouvons résoudre. Charles Darwin, le célèbre naturaliste et paléontologue, note que la coopération est créatrice et permet d’atteindre un degré supérieur de complexité de l’évolution. Martin Nowak, de l’Université d’Harvard, démontre que la coopération humaine est le fruit d’une longue évolution tout en étant la condition de notre survie en tant qu’espèce et que civilisation. Plus loin encore, il définit l’humanité par sa capacité à coopérer en opposition à la compétition.

Pour se sentir plus grand

Lorsque l’enfant agit pour le bien des autres, il découvre le sentiment de plénitude qui en découle. Cette récompense émotionnelle est un puissant moteur de confiance en soi.

Pour créer des liens

Les liens sociaux sont un facteur déterminant de la qualité de vie. Nous savons aujourd’hui à quel point la solitude est facteur de mal-être, de maladie et de morbidité. Être entouré et soutenu est la condition sine qua non du bien-être.

Pour être heureux

Faire preuve de compassion semble être bon pour la santé. Créer des liens rend disponible aux autres. Cette disponibilité permet d’être ouvert sur son environnement et d’en faire partie intégrante. Dès lors, le bonheur devient palpable pour ceux qui partagent cette humanité.

Pour aujourd’hui et pour demain

Selon Matthieu Ricard, moine Bouddhiste écrivain, si nous avons la moindre considération pour les générations à venir, nous ne pouvons continuer à agir avec égoïsme. Loin de l’adage « après moi, le déluge », il nous exhorte à changer notre comportement aujourd’hui. Sans être pour autant des parangons de vertu, nous pouvons tout de même tendre vers un comportement plus altruiste (et donc plus responsable) afin de donner au futur suffisamment de chances pour qu’il soit viable.

La coopération à l’école, ça donne quoi ?

L’entraide organisée des enfants offre de véritables leviers pédagogiques pour les enseignants :

  • l’ubiquité (les figures tutélaires se multiplient) ;
  • la dévolution (l’appropriation des problèmes à résoudre de fait par les pairs) ;
  • l’augmentation du temps d’exposition aux apprentissages (qui permet de limiter l’ennui scolaire).

Saviez-vous que les élèves tuteurs sont réputés être ceux qui bénéficient le plus de ces temps d’entraide ? Ainsi, chaque enfant peut être désigné tuteur afin d’apprendre au mieux et de mettre en place une véritable coopération.

Élise et Célestin Freinet, pédagogues et fondateurs de la méthode éponyme, ont d’ailleurs basé leur approche sur la coopération et l’entraide en plaçant l’enfant au centre.

Comment mettre en place cette coopération au quotidien ?

Limiter les récompenses

Il semble que les récompenses non sollicitées aient tendance à réduire la propension naturelle des enfants à vouloir aider les autres. Par conséquent, il vous est conseillé de ne pas offrir de cadeau ou de surréagir lorsque votre petit ange fait preuve d’altruisme.

Bannir la moquerie

Si cela semble évident en théorie, la moquerie et à fortiori le cynisme sont des sports que nous pratiquons tous. Ils font souvent figure de vivacité intellectuelle dans nos sociétés. Hors, ces habitudes sont destructrices autant pour leurs vecteurs que pour leurs récepteurs.

Instituer le calme

Un environnement serein est essentiel au partage. Avez-vous déjà discuté calmement au milieu des cris ? Des mots chuchotés ou parlés bas sont souvent bien plus audibles. Cela nécessite aussi de se mettre à la hauteur de l’enfant et d’instaurer un contact physique ou visuel qui captera son attention.

Dans ce domaine, la méditation en pleine conscience est au centre de nombreuses recherches. Matthieu Ricard en lien avec l’équipe du Center for Investigating Healthy Minds de Richard Davidson explique à quel point la zone du cerveau liée à la considération pour autrui, l’insula, est plastique.

Il est donc possible de « muscler » son cerveau pour le rendre plus performant en altruisme. Seulement quelques heures de méditation peuvent modifier durablement les comportements. Plus que de faire ressentir la douleur de l’autre, elle permet de cultiver la compassion. Tania Singer a découvert que cette méthode évite de subir la souffrance directement tout en gardant la capacité à ressentir et à s’émouvoir.

 

Entretenir l’amitié

Pour entretenir des liens étroits, il est important d’adopter des pratiques parentales attentionnées :

  • demandez à votre enfant comment il.elle se sent en général et face aux situations du quotidien.
  • expliquez à votre enfant pourquoi telle ou telle règle ne se transgresse pas (en développant les ressentis des autres).
  • lorsque vous vous êtes énervé.e.s (cela arrive), expliquez à votre enfant ce que vous avez ressenti et n’hésitez pas à vous excuser si vous estimez que votre réaction n’était pas appropriée. La communication non-violente (CNV) est un excellent moyen d’apprendre à exprimer ses émotions tout en respectant ses besoins.
  • invitez les enfants à coopérer entre eux : cuisiner ensemble, jouer ensemble, résoudre des problèmes ensemble, etc.
  • sortez et rencontrez des amis et des pairs autant que possible.
  • encouragez votre enfant à nouer des liens avec des enfants de l’autre genre, d’autres cultures, etc.

Matthieu Ricard nous parle de la possibilité d’élargir le cercle de notre altruisme et d’utiliser l’amour parental comme caisse de résonance pour apprendre à avoir de la bienveillance, de la compassion, vis-à-vis des autres et du monde qui nous entoure. Il est ici question d’élargir le cercle social un maximum afin de déclencher les réactions de résonance empathique.

Cultiver la générosité

Michael Norton, Professeur au Harvard Business School, démontre que la générosité est un élément déclencheur de bonheur. De ce fait, un geste d’entraide, même tout petit, fait naître en nous et autour de nous un bien-être notable. De plus, ces petits gestes de gentillesse se propagent en cascade et créent de véritables « chaînes de gentillesse » comme nous l’explique Emma Seppala, chercheuse à l’Université de Stanford.

En bref

Si le monde est de moins en moins violent, l’éducation se doit d’être coopérative afin de replacer les enfants au centre de leurs intérêts et leur donner les droits qu’ils méritent.

Martin Luther King disait :

Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots.

Alors vivons ensemble et montrons à nos enfants que chacun de nous peut apporter sa pierre à l’édifice d’altruisme que nous appelons de nos vœux pour les générations futures.

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