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Éducation

L’école dehors ou l’art de faire classe hors des murs

Si nos modes de vie favorisent la sédentarité, le changement de paradigme reste tout à fait possible à la maison comme à l’école. D’autant plus que cette dernière est une institution qui ne cesse d’évoluer : classe flexible, pédagogies alternatives, apprentissages moins académiques… Alors pourquoi ne pas faire classe dehors ? Posez les crayons, chaussez les bottes et découvrez avec nous une autre manière d’enseigner.

Qu’est-ce que l’école dehors ?

Un peu de théorie

Également connue sous le nom d’école hors des murs, l’école dehors propose de déplacer le lieu d’apprentissage : de la traditionnelle salle de classe à un espace en extérieur (en forêt ou à défaut un coin réservé dans la cour de récréation). Outre le changement de lieu, c’est aussi une nouvelle approche qu’il faut appréhender : manière d’enseigner (jeu libre, activités d’observation…), équipement (tenues vestimentaires adaptées par exemple).

Un ancrage nordique fort

Dans les années 1960, face à la pénurie de salles pour accueillir les classes maternelles, le Danemark installe par défaut des écoles maternelles en plein air. Un pari osé mais fondé sur les travaux d’un des pairs en la matière : Friedrich Fröbel.

Depuis, le Canada, la Suisse et d’autres pays scandinaves ont naturellement dupliqué le concept en normalisant les Forest schools et autres Kindergarden.

Petit tour d’horizon en France

La pratique reste plus timide et c’est à Crystèle Ferjou qu’on doit principalement sa mise en avant en France. En 2010, alors enseignante dans une école rurale des Deux-Sèvres, elle découvre entre autres le livre de Sarah Wauquiez « Les enfants des bois » et s’en inspire pour expérimenter l’école dehors version grandeur nature ! Un essai transformé puisqu’elle est aujourd’hui conseillère pédagogique et accompagne d’autres enseignants dans leur transition vers l’école dehors.

Quels sont les bienfaits de l’école dehors ?

La satisfaction d’un besoin primaire avant tout

C’est un fait, les enfants d’aujourd’hui passent moins de temps en extérieur que leurs parents au même âge. Déjà en 2016, une étude britannique montrait que sur 2 000 enfants, les 3/4 passaient moins de temps dehors qu’un détenu en prison.

Pourtant, les enfants ont plus que jamais besoin d’être au contact de la nature. Dans son livre « Une enfance en liberté », Richard Louv avance le phénomène de « Nature-Deficit Disorder » (ou NDD) dont souffrent les enfants bien trop couvés en intérieur de nos jours. Troubles de l’attention, risque accru d’obésité… le constat est tristement amer !

Alors en proposant une expérience immersive en extérieur, l’école dehors favorise un état de bien-être physique et psychologique tout en reconnectant les enfants avec un environnement qui devrait leur être familier.

C’est seulement si un enfant prend du plaisir dehors qu’il aura envie d’en savoir plus et de protéger la nature.

– Crystèle ferjou

Des résultats très encourageants

Des enfants en meilleure santé

À l’extérieur les enfants sont plus enclins à bouger (à contrario d’une journée en classe traditionnelle où la position statique est monnaie courante). En effet, nombreux sont les éléments en extérieur qui encouragent les activités motrices. Enfin, être en plein air renforce le système immunitaire et permet de faire le plein de vitamine D. Une combinaison gagnante autant pour les enfants que pour les enseignants.

Une acquisition plus aisée des compétences clés du 21ème siècle

Connues également sous l’acronyme des « 4C » pour Créativité, pensée Critique, Communication et Coopération. Ces 4 compétences clés, selon l’UNESCO, doivent être travaillées dès le plus jeune âge pour permettre aux enfants de s’adapter aux constantes évolutions du monde qui les entoure. La connaissance et la maîtrise de ces 4 compétences clés facilitent la capacité des enfants à résoudre des problèmes, travailler à plusieurs, accepter des points de vue divergents et proposer des solutions inventives.

Une meilleure résistance au stress et une confiance en soi renforcée

En effet, en immersion en pleine nature, le corps s’autorégule rapidement faisant ainsi baisser le niveau de stress. L’extérieur est également un cadre moins formel que la salle de classe traditionnelle. Cela peut encourager certains élèves à révéler plus facilement tout leur potentiel.

Une connexion immédiate avec l’environnement

En prise directe avec l’extérieur, les enfants stimulent leurs 5 sens et développent des compétences spatio-temporelles. Ils renforcent également leur lien à la nature et ancrent le respect de l’environnement dans leurs pratiques quotidiennes.

Une progression des résultats scolaires

Le contexte d’apprentissage en extérieur est propice à l’autonomie, incite à la coopération et renforce les capacités cognitives de l’enfant en le plaçant au centre des apprentissages. En découlent donc une meilleure mémoire, des résultats scolaires plus satisfaisants et des compétences en mathématiques, lecture et écriture mieux maîtrisées. Et puis, l’avantage de la classe dehors c’est de travailler simultanément plusieurs matières (biologie et mathématiques par exemple).

Quelques pistes pour débuter la classe dehors

Les premiers points à réfléchir

  • Trouver un lieu : idéalement un espace boisé mais toutes les écoles n’ont pas cette opportunité. Dans certains cas, il faudra faire preuve d’inventivité : un coin aménagé dans la cour de récréation, un espace vert ou un parc à proximité…
  • Intégrer le projet dans l’emploi du temps de la classe : par exemple, vous pouvez retenir le mercredi matin pour votre sortie hebdomadaire. En fixant un créneau et en le respectant chaque semaine vous assurerez la pérennité de ce projet pédagogique et l’adhésion progressive de tous les élèves.
  • Réfléchir à la manière dont vous allez amener les apprentissages : si les cahiers et crayons ont toute leur place dans la classe traditionnelle, il faut néanmoins faire preuve d’un peu d’agilité en extérieur. Privilégiez des activités en petits groupes qui encouragent la coopération plutôt que la transmission via une communication descendante.

Bien évidemment, la mise en place d’un tel projet pédagogique requiert le respect d’un cadre réglementaire précis. Cela ne se fait pas sans ressources humaines supplémentaires et disponibles pour être à vos côtés lors de vos déplacements extérieurs. Avant le grand saut, vous pouvez suivre la formation très complète de Ma petite forêt.

Des idées d’activités pour vous inspirer

Voici une première liste (non exhaustive) d’activités à réaliser dans le cadre de la classe dehors :

  • Collecte et classification : inviter les enfants à ramasser des morceaux de bois et les ranger dans l’ordre croissant ;
  • Créativité : dessiner le portrait d’un arbre, réaliser une œuvre land art avec des éléments de la nature (feuilles, glands…) ;
  • Graphisme et écriture : proposer aux enfants à l’aide d’un bâton, d’un morceau d’écorce ou tout simplement du bout des doigts de reproduire des graphismes ou les lettres de l’alphabet dans la terre ;
  • Motricité globale : tout en veillant à la sécurité des élèves, imaginer avec eux un mini parcours de motricité, une course à cloche pieds… ;
  • Éducation à l’environnement : profiter du trajet entre l’école et le lieu où vous ferez classe dehors pour encourager les élèves à ramasser les déchets qui trainent au sol.

Pour conclure

Même si l’école dehors gagne à être essaimée d’avantage en France, il est certain que de beaux jours se profilent devant elle. C’est en tout cas ce que laisse à penser la tribune parue en février 2021 dans le journal Libération. Cette dernière interpellait les maires et les collectivités locales pour « sortir les enfants dehors pour leur bien-être et leur santé » (tribune signée par des enseignants, médecins et chercheurs). Preuve s’il en est que l’idée fait petit à petit son chemin pour devenir la norme de demain !

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